Le soir du Samedi 26 juillet 1214, le roi tient conseil pour décider de la stratégie à adopter, face à la montée de la coalition à Mortagne. Trois plans sont débattus : attaquer Mortagne, rester à Tournai pour y soutenir un siège ou repasser en France, pour choisir un lieu d'affrontement plus favorable.

Durant les débats, Girard la Truie propose au roi de simuler un repli dans la panique, pour attirer l'adversaire sur le plateau de Cysoing, lieu propice à un combat de chevalerie.

Voici ce que dit à ce sujet la Chronique rimée de Mousket :

"A l'approche de la nuit, fut réuni le conseil,
Entre lui et ses hauts barons,
Car le bon roi, avec ses compagnies (vers 21555)
Voulait se rendre à Mortagne.
Mais tous ceux de sa suite
Ne surent que lui conseiller.
Quand eut dit chacun sa raison,
Suivant au mieux ses intentions, (v.21560)
Girard la Truie après parla
"Sire, fait-il, vous n'irez là;
Trop, il y a de mauvais pas et rudes,
Et aussi il y a trois grands villages
Et deux petites rivières en outre, (v.21565)
Qu'on ne pourrait passer en ce lieu.
Mais retirez-vous vers votre terre,
Et les Flamands, désirant la guerre,
Si vous arrière retournez,
Alors diront que vous fuyez, (v.21570)
Et lors vous suivront avec orgueil,
Comme présomptueux, sans aucun ordre,
Car chacun d'eux veut être Sire,
Et vous, sans couronne et sans colère.
Ordonnez une bonne arrière garde, (v.21575)
De manière que jamais l'ost ne s'en sépare.
Et aussi rangez vos batailles,
Et faites aller vos piétailles
Près de leurs armes par ruse.
Ils seront ainsi prêts si on les attaque. (v.21580)
Lors, ainsi, vous verrez les Flamands venir,
Qui se mettront à votre convenance."
Tout ainsi fut accepté,
Et de plus rien il ne fut discuté.
Dormir ils allèrent et se reposer, (v.21585)
Et quand vint le jour,
Le roi rangea ses batailles,
Et fit ordonner ses piétailles.
Et le charroi et les bêtes de somme
Partirent devant pendant ce temps. (v.21590)"

 Le lendemain, aux premières lueurs du jour, les Français quittent précipitamment Tournai. L'Anonyme de Béthune dit sur ce point : "jamais si grande armée à si grande allure chevaucha". Otton est aussitôt informé de ce départ et, bien que l'on soit dimanche, jour sacré, il se lance à la poursuite des Français. Il est aux environs de sept heures du matin.

A cette heure-là, le frère Guérin, premier Ministre du Capétien, est en veille sur les hauteurs de la Longue Saule, au sud de Tournai, en compagnie du vicomte Adam de Melun et Girard Scrophe dit la Truie (par référence à l'équivalent latin de son patronyme : scrfa). Vers neuf heures, il aperçoit l'armée coalisée et court en avertir le roi. Fallait-il que cette mission de reconnaissance fût importante et secrète, pour la confier au premier Ministre. Qu'aurait fait le Capétien, si ce dernier avait été capturé ? Cela confirme la relation de Mousket, évoquant l'hypothèse d'un piège tendu à la coalition.