Premier vitrail intitulé "Conseil de guerre de Valenciennes : la France est partagée entre les coalisés". Extrait de la notice de l'historien Henri DELPECH, rédigée à la fin du XIXème siècle à l'intention des artistes verriers.

" Au mois de juillet 1224, Othon, entrant en campagne, assembla son armée à Valenciennes. Là, il tint, dans la grande salle du Château, un conseil politique et militaire à la fois, où fut décidé et réglé le démembrement de la France.

Othon était allé, l’année précédente, conquérir et ravager les Etats d’Innocent III. Rappelé en Allemagne par l’intervention de Philippe Auguste, il en conçut une haine mortelle contre la France et résolut de l’écraser.

 C’est dans ce but que se fit la triple alliance Anglo-Flandro-Germanique et que fut tenu le conseil de Valenciennes. Il y fut décidé

 1 — Que les trois alliés agiraient de concert contre Philippe Auguste,

 2 — Que les états du Roi de France seraient partagés entre les vainqueurs ;

 3 — Que les biens immobiliers des monastères français seraient confisqués et distribués aux principaux soldats d'Othon ;

 4 — Qu’après avoir, écrasé et partagé la France, les coalisés s’uniraient contre la Papauté.

 Il serait à désirer que le premier vitrail représentât cette scène, parce qu’elle caractérise les causes qui produisirent la bataille de Bouvines.

On pourrait peut-être représenter Othon, sinon une carte de la France, du moins la Charte de coalition à la main, et entouré de ses complices se disputant les lambeaux de notre pays.

Voici la physionomie morale que l'artiste pourrait, croit-on, prêter aux principaux personnages sans manquer à la vérité historique

OTHON était un caractère hypocrite, brutal, et égoïste. A Bouvines, Othon, ayant couru un danger personnel dés le commencement de l'action, déserta immédiatement le champ de bataille, et laissa écraser ses compagnons d’armes. Il en fut couvert de honte dans toute l'Allemagne et mourut peu de temps après, abandonné de tous.

FERRAND, comte de Flandre, était issu de la maison régnante en Portugal. Nature passionnée, politique médiocre, Ferrand s’est fait connaître par un orgueil et une ambition démesurées, relevés par une bravoure héroïque mais dépourvue d’habileté et de science militaire.

Ferrand demanda à Valenciennes qu'on lui attribuât en partage l’Ile de France et la ville, de Paris, dont les plaisirs l’avaient vivement impressionné pendant le séjour qu’il y avait fait, lors de son mariage avec la comtesse de Flandre.

Le comte de SALISBURY, frère et représentant à Valenciennes du roi d'Angleterre, Jean-sans-Terre, était le trésorier de l’expédition. Comme militaire, son sang-froid et sa fermeté ainsi que ses aptitudes administratives lui donnaient un grand rôle à la cour de Londres ; il était l’or­ganisateur de toutes les expéditions. Salisbury avait une taille gigantesque, qui, en raison de l'énorme dimension de ses armes, l’avait fait surnommer Longue-Epée. 

Le comte RENAUD DE BOULOGNE était un militaire et un homme détat hors ligne. Ses principaux défauts étaient une ambition insatiable, des mœurs cyniques et une absence complète de sens moral. Bien que marié, il traînait après lui dans les camps, comme vulgaire courtisane, la sœur du comte de Boves, laquelle était mariée aussi. Le comte de Boves était du reste avec lui dans une intimité assez révoltante. On le retrouve dans les conseils de guerre de Bouvines contredisant presque insolemment le comte de Boulogne, qui lui laissait de grandes libertés. Renaud de Boulogne dissimulait ses vices par un extérieur séduisant, des dons universels, un courage héroïque. Quoique, dans des vues ambitieuses, il eût trahi deux fois Philippe Auguste, celui-ci appréciait si haut, ses grandes qualités, qu’il lui avait toujours pardonné et l’avait comblé de nouveaux dons. Mais à Bouvines, le roi le traita comme l’homme le plus dangereux de la coalition. Il faut reconnaître que, dans cette bataille, Renaud se conduisit en grand tacticien et en héros. Il resta le dernier sur le champ de bataille et refusa obstinément de fuir, cherchant la mort comme un homme qui comprend qu’il ne peut plus mériter le pardon. Quoique Renaud n’eut apporté à la Coalition que ses talents personnels, le conseil de guerre de Valenciennes lui avait promis, en cas de succès, outre la restitution de son Comté de Boulogne confisqué, le Comté de Vermandois."

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